Conférences & Histoire    

Le 16 mai 2009

à la Tuilerie de Lenax

Aujourd'hui, nous sommes allés en visite à la tuilerie de Lenax, au lieu-dit "La Tuilerie", près de "Chez Coulon" sur la route du Bouchaud.
L'accueil est sympathique et le propriétaire Daniel Bresson nous reçoit autour d'un café.
Tout de suite la discussion démarre sur l'histoire de cette tuilerie, la seule encore visible sur la communauté de communes du Donjon Val Libre.
tuilerie
Rendons honneur tout d'abord au grand-père de "Dani", monsieur J. Queret maître tuilier, initiateur de cette fabrique dès 1830, qui par ailleurs avait quelques talents de sculpteur.
Il avait réalisé quelques figurines humoristiques en terre cuite sur des carreaux.
La terre est prélevée dans une carrière à proximité, des argiles jaunes servent alors à la fabrication de tuiles diverses; petites plates, creuses, briques diverses, tuyaux de drainage.


La tuilerie reste une propriété familiale et c'est le dernier des tuiliers de la famille, Daniel Bresson qui cuit l'ultime fournée en 1977 avant de laisser refroidir définitivement le four.

Le maître des lieux nous fait l'honneur de visiter la fabrique. Toutes les machines sont encore là, comme si elles attendaient la reprise du travail après une période de vacances. Le broyeur, le mélangeur, les presses  protégés par une épaisse couche de poussière accumulée par le temps ne demanderait que peu d'entretien pour reprendre du service.
malaxeur
Le tout était mu par, jusqu'en 1930 par une machine à vapeur, remplacée par un moteur électrique à l'arrivée de l'électrification de nos campagnes. L'immense poulie de fonte et ses courroies ne demandent qu'à entrainer ce superbe manège.

Daniel nous explique en détail comment seulement quatre ouvriers expérimentés manipulaient ces engins, à une cadence prodigieuse pour l'époque.
La préparation de la pâte consiste en un passage de la glaise humidifiée du broyeur à cylindres au malaxeur pour être prêt à alimenter la mouleuse. Cette machine est équipée d'un piston qui comprime la pâte dans une filière pour obtenir la pièce définitive. Diverses formes ou moules, accrochées au mur nous donnent une idée de la diversification des pièces produites ici.
A la sortie de la mouleuse le pain d'argile est coupé à la dimension, à l'aide d'un coupeur à fil, genre de fil à couper le beurre.

La plus grande partie de la tuilerie est réservée au séchage à l'air libre avant la cuisson. C'est une étape délicate insiste Daniel Bresson, la difficulté majeure est de ne pas déformer le produit. Il est impératif de d'opérer lentement et progressivement.

Au bout de quelques jours de séchage, c'est le moment de procéder à la cuisson. On commence par préparer le foyer, puis on installe les pièces à cuire dans le four. Les plus lourdes et volumineuses en bas, les plus légères au dessus, toujours pour ne pas les déformer. On recouvre le tout de tuiles cassées et de cendre qui serviront de témoin de cuisson.
On procède ensuite à l'allumage du four par le dessous. Il paraît que l'on voyait la fumée de la cheminée depuis Le Donjon. Ce n'est pas moins de 4000 kg de charbon en 36 heures qui alimentait le gigantesque fourneau, à raison d'une recharge du foyer toutes les vingts minutes, et ce, jour et nuit pendant toute la durée de la cuisson.
Quand les tuiles cassées et la cendre du dessus étaient rougies par la chaleur, la cuisson était bonne. Il fallait attendre alors le refroidissement pendant plusieurs heures, avant de voir cette belle couleur rouge brune de l'argile cuite et mettre ces nouvelles pièces à disposition des clients de la tuilerie. Daniel nous fait remarquer, que malgré la chaleur intensive du four, sa toiture sur une charpente de bois n'a jamais souffert du feu grâce à un génial système d'aération, preuve du savoir faire des bâtisseurs de l'époque.
Nous observons encore quelques belle machines, presse manuelle à tuiles plates, à briques et divers moules dont un, étonnant, pour faire des briques cintrées conçues spécialement pour la fabrication des formes circulaires des puits.
presse 1910
Dans l'atelier attenant au séchoir trône une superbe presse semi-automatique. Elle provient d'un atelier mécanique de Roanne et date de 1910. Un ingénieux mécanisme d'embrayage permet le mouvement alternatif de la presse qui plaque le moule sur la terre à former. Cette machine permettait de presser environ 250 tuiles à l'heure. Différents moules donnaient une gamme étendue de modèles de tuiles.

C'est impressionnant de voir tout ce matériel encore en bon état et qui avec un peu de bonne volonté ne demanderait qu'à avaler de nouveau sa ration de terre glaise.
A l'heure où les collectivités recensent leur patrimoine, nous avons là un témoignage unique d'une activité industrielle de notre région, et l'on pourrait saisir l'opportunité de réaliser en ce lieu un pôle d'attraction touristique.
Ne négligeons pas notre patrimoine bâti, trace et mémoire de notre passé. Déjà de trop nombreux bâtiments, moulins, corps de fermes agricoles ont disparu de notre région, on abat pour éviter de payer les impôts sur les propriété bâties, par peur du risque, ainsi la tuilerie de Neuilly-en-Donjon a été rasée récemment.
Alors, qu'attendons-nous pour préserver de l'oubli la dernière tuilerie de notre région?

tuilerie 2